Basse-Californie et nord-ouest

Une péninsule désertique de 1 200 km bordée par la mer de Cortez et ses baleines grises, prolongée à l'est par les canyons de la Sierra Tarahumara.

La Basse-Californie forme une péninsule de 1 200 km séparée du continent par la mer de Cortez, ce bras de mer que Jacques Cousteau qualifiait d'aquarium du monde pour sa densité de mammifères marins. C'est une géographie à part dans le Mexique : pas de jungle, pas de pyramides précolombiennes monumentales, mais un désert qui descend jusqu'à l'océan, des sierras volcaniques, des cardons géants (un cactus endémique qui dépasse 15 mètres) et une lumière sèche qui change tout, du matin au soir.

Administrativement, la péninsule se divise en deux États, Baja California au nord avec Tijuana et Ensenada, et Baja California Sur au sud avec La Paz comme capitale et Loreto, San José del Cabo, Todos Santos comme étapes. Nous y travaillons surtout la partie sud, plus sauvage et mieux préservée. Au-delà du détroit, sur le continent, le nord-ouest du pays comprend l'État de Sonora et celui de Chihuahua, où se trouve le Canyon del Cobre (Barrancas del Cobre), un système de six canyons interconnectés, plus profond et plus étendu que le Grand Canyon du Colorado. Le train ChePe relie Los Mochis sur la côte Pacifique à Creel et Chihuahua sur près de 650 km de voie, traversant 86 tunnels et 37 ponts.

La faune marine est la signature de la région. De janvier à mars, trois lagunes de la côte Pacifique, San Ignacio, Ojo de Liebre et Magdalena, accueillent les baleines grises venues du détroit de Béring pour mettre bas. L'approche se fait en panga, ces petites embarcations à moteur de huit places, et les baleines, souvent les mères avec leurs baleineaux, viennent d'elles-mêmes contre le bateau. C'est l'un des rares endroits au monde où le contact se fait à l'initiative de l'animal. Côté mer de Cortez, à Cabo Pulmo, on plonge dans l'un des seuls récifs coralliens du Pacifique oriental, protégé en parc national depuis 1995. Près de La Paz, l'îlot Los Islotes abrite une colonie permanente de lions de mer, et entre octobre et avril, des requins-baleines remontent dans la baie pour se nourrir de plancton.

L'intérieur raconte autre chose. Le peuple Rarámuri (Tarahumara) vit dans les sierras de Chihuahua depuis l'arrivée des Espagnols qui les ont repoussés vers les hauteurs. Ils sont environ 70 000, répartis en communautés dispersées autour de Creel, Batopilas et Cerocahui, et restent connus pour leurs courses de fond sur plusieurs centaines de kilomètres, en huaraches (sandales en cuir). En Basse-Californie, les peintures rupestres de la Sierra de San Francisco, classées par l'UNESCO, datent de 7 500 ans et représentent des figures humaines de plus de deux mètres, attribuées aux Cochimíes aujourd'hui disparus.

La cuisine est marine et de désert. À Ensenada, on mange les tacos de poisson frit dans la rue, inventés ici dans les années 1950. À La Paz, l'almeja chocolata, une palourde de la mer de Cortez, se sert crue avec citron vert et sauce piquante. La région d'Ensenada et la vallée de Guadalupe produisent aujourd'hui 70% du vin mexicain, sur des terres viticoles installées par les missionnaires jésuites au XVIIIe siècle puis relancées par des immigrants russes molokans au début du XXe.

L'économie tourne autour de la pêche, du tourisme balnéaire (Los Cabos, Loreto, La Paz), de l'industrie maquiladora à la frontière nord, et d'une agriculture irriguée dans les vallées de Sonora. Le rythme y est plus lent qu'au centre du Mexique, les distances plus longues, les villages plus rares. C'est une région qu'on aborde idéalement en deuxième voyage, quand on a déjà vu Mexico, Oaxaca ou le Yucatán et qu'on cherche un Mexique moins peuplé, plus tourné vers la nature.

À découvrir

Baleines grises de San Ignacio. De mi-janvier à fin mars, observation en panga des baleines grises et de leurs baleineaux dans la lagune. L'accès se fait par piste depuis le village de San Ignacio, comptez deux jours sur place pour deux sorties.

Train ChePe et Canyon del Cobre. Trajet ferroviaire de Los Mochis à Creel à travers la Sierra Madre occidentale, avec arrêt à Divisadero pour le belvédère qui surplombe l'intersection de trois canyons à plus de 1 800 mètres de dénivelé.

Plongée et snorkeling à Cabo Pulmo. Récif corallien protégé de 20 000 ans, peuplé de bancs de carangues, raies mobula et tortues. Village de pêcheurs sans bitume jusqu'à l'entrée, énergie solaire, sept opérateurs de plongée familiaux.

Communautés Rarámuri autour de Cerocahui. Rencontre avec les familles vivant dans les hameaux dispersés du canyon, visite des grottes habitées d'Urique et des cascades de Basaseachi, la deuxième plus haute du Mexique à 246 mètres.

Vallée de Guadalupe. Une centaine de domaines viticoles entre Ensenada et Tecate, dégustations chez Monte Xanic ou Adobe Guadalupe, cuisine de chefs en plein air chez Deckman's ou Fauna, à 90 minutes de la frontière américaine.

Quand y aller

Le climat est désertique sec, avec des écarts de température très marqués selon les mois et l'altitude. La fenêtre idéale court d'octobre à mai. En janvier-février, les températures sur la côte sud (La Paz, Los Cabos) tournent autour de 23-25°C en journée, fraîches la nuit (12-14°C), et c'est la pleine saison des baleines grises sur la côte Pacifique. De mars à mai, l'eau de la mer de Cortez se réchauffe progressivement (de 20 à 25°C), bon compromis pour la plongée. Juin à septembre, les températures dépassent régulièrement 38-40°C dans le désert et à La Paz, avec une saison de chubascos (orages tropicaux) et un risque cyclonique entre août et octobre, surtout dans le sud de la péninsule.

Dans les canyons de Chihuahua, l'altitude change la donne. Creel est à 2 340 mètres : hivers froids avec possibilité de neige de décembre à février (gel nocturne fréquent), étés tempérés autour de 25°C. Le fond des canyons, à Batopilas ou Urique (500 mètres d'altitude), reste chaud toute l'année et impraticable en juillet-août. Les meilleurs mois pour combiner haut et bas du canyon sont mars-avril et octobre-novembre.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 8 à 10 jours pour la péninsule seule (vols intérieurs depuis Mexico vers La Paz, Loreto ou Los Cabos, environ 2h30), ou 7 jours pour le Canyon del Cobre via le train ChePe (arrivée à Los Mochis depuis Mexico, puis Creel, Divisadero, Cerocahui sur trois à quatre nuits). Combiner les deux dans un même voyage demande 14 à 16 jours, car les liaisons entre péninsule et Chihuahua passent toujours par un retour à Mexico ou Guadalajara. Les distances internes sont longues : 1 200 km de Tijuana à Cabo San Lucas par la route Transpeninsulaire, peu de stations-service par endroits, location de véhicule recommandée seulement pour la partie sud (La Paz - Todos Santos - Los Cabos - Loreto).

Le confort est très variable : hôtels haut de gamme à Los Cabos et boutique-hôtels à Todos Santos ou La Paz, campements en dur dans la lagune de San Ignacio (tentes équipées avec lits, sanitaires partagés), lodges rustiques en bois dans le Canyon del Cobre. Cette destination convient bien aux voyageurs déjà venus une fois au Mexique, aux amateurs de nature, plongeurs, observateurs de faune marine, marcheurs. Elle se combine mal avec le Yucatán ou le Chiapas sur un même voyage court (trop de transferts), mais s'articule bien en prolongement du Centre colonial pour ceux qui disposent de trois semaines.

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